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FAIRE D'UN GARÇON TRISTE
UN HOMME LUCIDE

 


ÉCRIVEZ À L'AUTEUR

 


Ah Julien...   

Depuis combien de temps parle-t-on de toi comme d'un pèse-aliments, d'un homme à femmes que tu aimes, qui vieillit si bien...

Regarde-moi au fond des yeux… Je les ferme parfois, souvent, pour qu'ils ne disent pas entièrement, pas totalement, qui je suis.

Mais quand je pose ce vieux disque sur le gratte-microsillons… Ton disque, pour mon sang qui coule …. Mon, ton, nos sangs qui coulent…

Comme la conversation floue de la pluie sur le toit, je ne me souviens pas précisément des caresses qu'on m'a données, des amours qu'on m'a offertes…

 

Je m' suis dit
Tout fout l' camp
Il gèle en plein juillet
Il gèle dedans ma vie
Il gèle dans ma maison
Il grêle sur les moissons

 

Mais, j'ai beau tout faire pour que rien ne se grave : c'est là.  Absolument là.

Comme ces notes-là, comme cette voix-là.  Tes notes, ta voix.  Impossible, même si j'avalais des magasins de somnifères, de continuer mon sommeil abrégé.

 

Croix de bois, croix de fer
Si je meurs, c'est l'enfer…

 

Tu comprends?  Si ma musique s'en va, je n'existe pas.  Juste comme un enfant apprenant des mots iniques.

La musique n'est pas qu'un exercice à bien réussir.  Elle vaut bien plus qu'un air de cerf-volant qui file, file au vent.

Non, la musique, This Melody, n'est pas pour rien.

Tu ne bandais pas encore pour Melissa ni ne défilais des bas-nylon.  Lily pouvait se faire carrer pour aller danser.  Mais tu bandais, Garçon, tu bandais, et ton désir imposait tout.

Tu prenais ton cœur par la main et ça faisait cette musique-là.  Et toi comme moi on dansait dessus, même bien, même mal, mais tu comprends on ne faisait rien pour rien et ça, ça faisait un tout.

L'âme intestinale, plantée dans nos notes, plantée dans chaque vibration de tes cordes vocales, viscérales, ça faisait de l'insoumis, du libre et du tendre.

Et si on venait à en crever, alors, le mot fin serait peut-être un peu moins grave.

Souffrir par nos sangs qui pulsent, c'est moins souffrir.

Nos cafards qui sont des staphylocoques dorés, nos blondes et blonds qui s'en vont, nos Mamans à qui on ne devrait pas survivre…  Contre ces scandales déféqués par la vie, cette immense et absolument magnifique salope, tu sais des choses qui me font rire, alors chante, Julien.

Chante.


Je voudrais m'éveiller
Jeune bébé plié
Dans le ventre de sa mère
Tirer mes très longs draps…
Et dire que rien ne va

Je voudrais écouter tous les bruits de la rue
Et la conversation de la pluie sur le toit
En me disant tout bas
Je ne me lèverai pas !

Je voudrais déboucher une bouteille de vin
En boire la moitié
Et puis verser le reste
Dans le creux de tes reins
Pour voir si tu dors bien …

 

Ne passe pas ton temps
À regarder tes mains
Crispées, tendues ou vides
Ou pleines de chagrin

Ne passe pas ta vie
En jours sans lendemain
Oublie les saisons
Et va-t-en faire des plongeons
Secoue un peu ton cœur et prends-le par la main…

 

Dors bien sur ton traversin
Et dans tes poings
Étouffe bien
Les fruits malsains de ton chagrin...

 

Doucement
Restons-en
Au présent
Pour la vie...

 


ÉCRIVEZ À L'AUTEUR

 

 

JULIEN CLERC / No 7 / 1976

Souffrir par toi n'est pas souffrir (Étienne Roda-Gil / Julien Clerc) *
Prends ton cœur par la main (Étienne Roda-Gil / Julien Clerc) * *
Une journée pour rien (Maurice Vallet / Julien Clerc) * * *
Dors bien (Étienne Roda-Gil / Julien Clerc-Philippe Lavil) * *
Les cafards (Étienne Roda-Gil / Julien Clerc) * * *
This melody (Étienne Roda-Gil / Julien Clerc) * *
Bien longtemps après (Maurice Vallet / Julien Clerc) * * *
Je voyage (Maurice Vallet / Julien Clerc) * *
Elle voulait qu'on l'appelle Venise (Étienne Roda-Gil / Julien Clerc) * *
Juste comme un enfant (Maurice Vallet / Julien Clerc) * *

ARRANGEMENTS
Philippe Gall : *  /  Michel Bernholc : * *  /  Denis Lable : * * *