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PLUS JE T'EMBRASSE
L A P E T I T
E S E C O N D E D ' É T E R N I T É

Je passais un jour, comme ça, en
sifflotant de branche en branche. Je fais ça souvent, ne me demandez pas pourquoi :
on ne justifie pas le bonheur.
Je volais, je volais, ça
agaçait les vieilles pies, jallais de banc en banc, je lançais mes plumes dans
lair, je piaillais comme un dératé avec des enfants. Ça me faisait plaisir, ça
ne regardait que moi.
Jusquà ce que je les
regarde.
Ça na duré quune
seconde.
La seconde quil a fallu
pour me tuer.
Moi qui croyais être le bonheur,
je nétais quune imposture
Pensez donc, pinson donc
Il la embrassée.
Elle la embrassé.
Il, elle
Ils
Elles
Dailleurs, je ne sais plus vraiment. Tout comme lappétit, on
na jamais accordé beaucoup de mémoire aux oiseaux. Enfin, cest ce quon
laisse croire aux Hommes
Les oiseaux ont la mémoire quils ont, messieurs du
Genre Humain : ils oublient quand ils oublient, ils se souviennent quand ils se
souviennent, ils chantent quand ils chantent
voilà tout.
Mais ce baiser
Dans leurs yeux, il y avait un
jardin, un jardin si empli de clématites, de bougainvilliers et de libellules bleues.
Sous les pavés la mousse, sur la mousse les amants, entre les amants une seconde
déternité.
Et il y avait une musique tandis
quils sembrassaient à la brune :
Plus je
tembrasse
Plus jaime tembrasser
Plus je tenlace
Plus jaime tenlacer
Je ne peux men lasser
Le temps qui passe ne peut rien y changer
Le temps qui passe a duré cette
seconde.
Cette seconde qui ma tué.
Pensez, pinson donc.
Je me croyais le bonheur, mais je
navais personne à embrasser.
Alors
Alors, jai filé à tire
dailes en passant devant une fille accrochée à une fontaine et qui souriait de ses
milliers de dents, et je suis allé me bourrer la gueule au bistrot du coin-coin
Un
canard dans le whisky dun pinson qui nétait pas gai comme un pinson, juste
pendant léternité dune seconde.
Des milliers et des
milliers dannées
Ne sauraient suffire
Pour dire
La petite seconde déternité
Où tu mas embrassé
Où je tai embrassée
Un matin dans la lumière de lhiver
Au parc Montsouris à Paris
À Paris
Sur la Terre
La Terre qui est un astre
Le Jardin, Jacques Prévert
Paroles, 1947

Plus je t'embrasse est une chanson de l'album Amour toujours (LIO) 1983


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