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PLUS  JE  T'EMBRASSE
L A   P E T I T E   S E C O N D E   D ' É T E R N I T É

 

ÉCRIVEZ À L'AUTEUR

 

Je passais un jour, comme ça, en sifflotant de branche en branche. Je fais ça souvent, ne me demandez pas pourquoi : on ne justifie pas le bonheur.

Je volais, je volais, ça agaçait les vieilles pies, j’allais de banc en banc, je lançais mes plumes dans l’air, je piaillais comme un dératé avec des enfants. Ça me faisait plaisir, ça ne regardait que moi.

Jusqu’à ce que je les regarde.

Ça n’a duré qu’une seconde.

La seconde qu’il a fallu pour me tuer.

Moi qui croyais être le bonheur, je n’étais qu’une imposture… Pensez donc, pinson donc…

Il l’a embrassée.

Elle l’a embrassé.

Il, elle… Ils… Elles… D’ailleurs, je ne sais plus vraiment. Tout comme l’appétit, on n’a jamais accordé beaucoup de mémoire aux oiseaux. Enfin, c’est ce qu’on laisse croire aux Hommes… Les oiseaux ont la mémoire qu’ils ont, messieurs du Genre Humain : ils oublient quand ils oublient, ils se souviennent quand ils se souviennent, ils chantent quand ils chantent… voilà tout.

Mais ce baiser…

Dans leurs yeux, il y avait un jardin, un jardin si empli de clématites, de bougainvilliers et de libellules bleues. Sous les pavés la mousse, sur la mousse les amants, entre les amants une seconde d’éternité.

Et il y avait une musique tandis qu’ils s’embrassaient à la brune :

Plus je t’embrasse
Plus j’aime t’embrasser
Plus je t’enlace
Plus j’aime t’enlacer
Je ne peux m’en lasser
Le temps qui passe ne peut rien y changer

Le temps qui passe a duré cette seconde.

Cette seconde qui m’a tué.

Pensez, pinson donc.

Je me croyais le bonheur, mais je n’avais personne à embrasser.

Alors…

Alors, j’ai filé à tire d’ailes en passant devant une fille accrochée à une fontaine et qui souriait de ses milliers de dents, et je suis allé me bourrer la gueule au bistrot du coin-coin… Un canard dans le whisky d’un pinson qui n’était pas gai comme un pinson, juste pendant l’éternité d’une seconde.

Des milliers et des milliers d’années
Ne sauraient suffire
Pour dire
La petite seconde d’éternité
Où tu m’as embrassé
Où je t’ai embrassée
Un matin dans la lumière de l’hiver
Au parc Montsouris à Paris
À Paris
Sur la Terre
La Terre qui est un astre

Le Jardin, Jacques Prévert – Paroles, 1947

 

ÉCRIVEZ À L'AUTEUR
Plus je t'embrasse
est une chanson de l'album Amour toujours (LIO) 1983


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