Tu
n'auras que tes yeux pour pleurer.
Quand Daniel Chenevez chante ces mots, sur la 10e des 11 chansons d'Hypnose, j'ai
les genoux qui flanchent : mon coeur a lâché depuis longtemps.
L'émotion ressentie à l'écoute pleine puissance de cet album, je ne me souviens guère
l'avoir ressentie depuis des années, depuis les 70 en somme, du temps révolu de ces
albums bruts dont les textes et les musiques semblaient jaillis sans calcul, avec leurs
maladresses certes, mais avec cette indispensable humanité, disparue, allez, rarissime...
Tout y est pourtant de ce qui a «tué la musique» : mutlipistes, séquenceurs et tutti
quanti. Seulement, pour une fois, tout cela est au service de l'artiste, non le
contraire. Toute la différence, la divergence, est là.
À l'arrivée, ce n'est pas un produit qui vous baise les oreilles, mais bien les «petits
poèmes de Daniel», qui vous les embrassent. Péjoratif? Niet. C'est si
beau les petits poèmes, ces pseudo-indécences que l'on s'écrit tous pour soi tout seul
et qu'un jour, si on a du courage, on ose montrer, pire, chanter.
Troublante, troublante la voix de Daniel Chenevez, avec ses échos d'un Gérard Lenorman
transmuté puissance 10, pas celui de triste mémoire, mais l'autre, celui d'avant VGE et
compagnie, l'idéaliste oui Messieur-Dames, qui chantait Vénus ou bien Venise, c'est
la même valise, et c'est si difficile d'en revenir... Il n'en est pas revenu.
Vous ne vous rappelez pas? Aucune importance, tout passe si vite dans ce merveilleux
monde de la chanson française, on oublie si vite, on catalogue si vite, on devient si
vite in, si vite out...
Niagara? Allez, c'est reparti! C'est mieux, c'est comme, c'est pas comme
Niagara?
Mon dieu, donnez-nous le droit d'exister par nous-mêmes, c'est ce que crie ce disque à
tue-tête, et moi je le prends, plein la gueule.
Je le prends, Daniel Chenevez, et je me le remets, jusqu'à plus soif, dans ce désert où
bientôt, si rien n'est fait, seuls les chameaux auront le droit de chanter.
Nostalgique? Je n'aurais voulu voir que
ce jour.

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