Les guitares hurlent
sur le vinyle qui n'en peut plus, elles résonnent, échos rageurs ou tendres d'une
révolution apparemment révolue.
Exposé
aux griffes de ce chat qui hante mon grenier à la perpétuelle recherche de
quelque chose de lisse et brillant qui fasse un joli bruit strident quand on lui arrache
le coeur, mon 33 de Jean-Pierre Castelain a par miracle échappé aux sévices de l'infame
Gromycko, déjà éborgneur de tant d'hommes et de femmes plus ou moins partis sans
laisser d'adresse.
Le visage de
Jean-Pierre me regarde comme hier, miraculeusement préservé des outrages du temps.
Tu vivras
Oui
Tu vivras
Il faut chanter parce que l'on pense
Et non pas penser pour chanter
Tu chanteras parce que tu penses
Et ne penseras pas pour chanter
Les mots de JPC, comme sa musique, sont intacts : ils n'en ont rien perdu de leur force,
de leur impact, de leur originalité.
Castelain le lion a
beau s'être tu depuis depuis longtemps, il rugit toujours dans ma tête, vient encore me
remuer de ses guitares mariées aux harmonica, cordes, basse et batterie de ses complices
d'alors, proches de la bande à Bernholc/De Bossom, qui fit les beaux jours de la WEA des
70's : Auger, Batard, Labacci et les autres.
Qu'est devenu JPC?
Pourquoi, comment ce silence, aux échos si semblables à tant d'autres silences
plus inexpliqués qu'inexplicables?
Hormis certaines de
ses collaborations (diverses pièces mises en musique pour Jeanne-Marie Sens, et le
remarquable Entr'acte de 1975, réalisé pour Françoise Hardy), les albums de
JPC n'ont pas été réédités en CD.
Dommage, chantait
l'autre, j'aimais tant certains paysages, hirsutes, déplumés, ravageurs-ravagés,
mélangeant allègrement blues, rock et rythmiques-mélodies carrément persos aux textes
des auteurs les plus divers et les plus iconoclastes, Shakespeare n'étant pas le moindre.
De toutes les
chansons de JPC cependant, il en est une, une, dont je n'ai pas à monter farfouiller dans
mon grenier pour me souvenir de la moindre note, du moindre mot.
Parce que j'avais 15
ans et qu'à cet âge-là, on n'a pas peur des histoires vraies.
L E M
I R O I R
(J-P Castelain / J-P Castelain)
Il était une fois
Un pays tranquille sur lequel un souverain régnait
Entouré de sa cour
Les soirées au château
Étaient fort agréables
Et les conversations des plus captivantes
Duraient parfois fort tard
Bref
Tout ce monde jouait le rôle assigné
Dès la plus tendre enfance
Lorsqu'on on est issu d'une famille blason
Parfois le roi sortait
Entouré de sa cour
Et son personnage au demeurant si sévère
Lorsqu'il souriait devenait débonnaire
Et les petites
gens groupées sur son passage
Criaient vive le roi et lui rendaient hommage
Se pâmaient sur la mise des hommes du cortège
Et l'élégance des dames
Des dames
Et puis
Chacun s'en retournait à ses occupations
Travailler la terre
Et sans plus de questions
Chacun était heureux
Et tout tournait bien bien bien bien
Jusqu'au jour où l'un d'eux par un grand hasard
Découvrit l'existence du miroir
Et de s'y regarder de plus en plus souvent
Et de prendre conscience qu'il serait temps de changer
Et de s'identifier au roi et à sa cour
D'acquérir une allure
À force de patience et d'efforts
Chacun s'étonna et on lui demanda quel était son secret
Son secret
Il sortit son
miroir
Chacun s'y contempla
Et en peu de temps
Le peuple apprit
À ressembler au roi et à ses bons amis
Il était justement en train de se dire
Qu'il lui faudrait trouver le moyen de s'instruire
Pour aller plus loin dans son imitation
C'est alors que le
roi apprit l'existence du miroir
Et il le fit briser

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