Jil Caplan - Toute crue (Album commenté)

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Sur un air de banjo
Entre deux balles perdues
On referait le Balajo
S'il n'y en avait plus




COMME ELLE VIENT

ENTRE DEUX BAL(LE)S PERDU(E)S . . .

 

ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 

Folle?  Probablement qu'elle le fut ou n'en fut pas loin.  On ne se sert pas soi-même toute crue au dessert de ces Messieurs-dames sans dommages après tout...

Rester au lit toute la journée en haut des escaliers d'une maison abandonnée en bord de lac à rêver de magiciens qui disparaissent aurait certes de quoi faire perdre la tête à bien des gens mais a aussi, heureusement, de quoi la  rendre à certains : Jil Caplan est de ceux-là et n'en apparaît de ce fait que plus belle, dans le plus beau et seul sens réel du terme.

Belle, donc, mais surtout plus folle que jamais et donc pas folle du tout : la voilà d'entrée d'album juchée au sommet de l'Europe, surplombant avec le sourire le continent de sa vie, prête à reprendre son envol.

 

A S S I S E    A U - D E S S U S    D E    L ' E U R O P E  

Assise au-dessus de l'Europe
Comme une fille d'Ipanema
Je ne suis plus de mon époque
Loin de tes bras

Oh folle
Et voilà nous y sommes
Je n'ai qu'un pas à faire
Pour passer ta frontière
Oh folle
Sans toi rien ne décolle

 

N'y allons pas par quatre chemin mais allons-y, au contraire, aussi directement qu'elle y va et nous y emmène : Comme elle vient est un bonheur, est au bonheur ce que Toute crue était  à son apparent contraire.  Plus qu'une évocation : une illustration de la simple joie de vivre, avec exercices pratiques de haute voltige à l'appui.

Évidemment que les radios ont boycotté : pas plus que celui d'un Duteil, d'un Lenorman, d'un Trenet ou d'une Boccara ivre d'allégresse dans les rues de Rio, le bonheur de Jil Caplan n'est aujourd'hui vendeur... mais qu'à cela ne tienne, silence, musique !

 

T O I    E T    M O I    

On est toi et moi
Des millions de toi et moi
Des petites misères 
Coincées entre deux guerres
Tu verras un jour
On s'aimera d'amour
Il faut y croire
Chante avec moi

 

« Chante avec moi » : qu'est-ce qu'on est loin du si moutonnesque et artistiquement correct « Everybody in the house c'mon ! »...

« Chante avec moi »...  Pourquoi pas « Chante avec moi youp la boum » tant qu'à faire?  Il fallait quand même avoir un sacré goût du risque, en l'occurence celui de sombrer dans le ridicule, pour l'oser « celle-là » à  l'heure où quasi la moindre expression artistique du simple bonheur de vivre est raillée, assimilée à une manifestation d'abrutissement par les chantres du malheur salvateur, de la thérapie de masse, de l'autapitoiement jusqu'à plus soif et de la victimisation tous azimuts.

Or, Comme elle vient est tout sauf ridicule : c'est une fête, une vraie fête où l'on sourit, aux antipodes de ces vulgaires fiestas cathodiques tristes à mourir dont nous abreuvent une kyrielle d'entertainers tous plus bêtifiants les uns que les autres en nous enjoignant de kiffer grave tout en n'oubliant pas, bien sûr, de taper 1 pour se faire baiser, 2 pour recommencer, et 3 pour en redemander. 

Avec Comme elle vient, Jil Caplan et son comparse Jean-Christophe Urbain - compositeur et coauteur de la plupart des titres, musicien multi-instrumentiste et brillant arrangeur - signent un album à l'abri du triste temps qu'il fait, de la bêtise imposée et de la dépression de bon ton.

Un album enfin, et il faut hélas s'en réjouir, hors jeu dans le contexte actuel sur le plan musical - notamment par un recours important au banjo et à des cordes sans complexes dignes de la meilleure variété des seventies - mais aussi sur  le plan des textes.  Des textes dont la fraîcheur et la fausse légèreté n'ont rien à envier à celles des joyaux pop de la France Gall des années 68-73, et dont la naïve mais réelle tendresse fait parfois songer à la grande Hardy des sixties ou même à ces si doux mais trop fugaces instants passés jadis en compagnie de  Muriel Moreno au bord du Niagara pendant que flambait un monde qui ne s'est pas arrangé depuis :

 

O R B I S O N G   

Tombe la neige
Au fond 'un vieux rêve
Où plus jamais nous n'aurons froid
L'amour sur nos lèvres
Soufflait un arpège
Un feu qui brûle encore en moi

Même si le monde nous sépare
Tu restes toujours en moi
Jamais plus tu n'auras froid

Un manteau de neige
Cousu dans mes rêves
Je te porte encore en moi
M'entraîne ta rivière
Comme une passagère
Dans le coeur de l'hiver

Tombe la neige
Au fond d'un vieux rêve
Un feu qui brûle encore en moi
Et quand le jour se lève
Il pose sur mes lèvres
Tout de rouge de nos rêves

T O U J O U R S   À   M O N   C O U

Où m'emmènent mes jambes
Toujours à mon cou
Et les plaines où flambent
Tes cheveux d'acajou

On est frères de sang
Sous le ciel bohème
Et le fer brûlant
Sous les trains où je sème
Ma vie sans retour
Sous la rose des vents
Qui m'emmène...

Où m'emmènent mes jambes
Toujours à mon cou
Et les plaines où flambent
Nos tendres rendez-vous

Je m'endors aux abois
Et me voyant blessée
La rosée me couvre d'un voile
Le vent vient me chanter
La cavale des étoiles
Et des chiens sans collier

 

Folle?

Mais bien sûr que tu l'es Jil, bien sûr!  

De grâce reste-le, en dépit des balles comme des bals perdus...

 

 

U N    C H A R M A N T    S Q U E L E T T E  

Je ferai un charmant squelette
Attaches fines, petite tête
L'éternité et des poussières
Sous un marbre où pousse du lierre

Un charmant petit squelette
Tout léger et farceur
Une représentation aztèque
Immobile sous les fleurs

Immobile
Sous les fleurs

 


ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)
À tous les chiens sans collier et aux miens en particulier.

 


JIL CAPLAN
COMME ELLE VIENT
EW / Warner 2004

En 1999, les Innocents s'étaient séparés sur un ultime album hybride, dual, où la gravité des chansons de Jipé Nataf côtoyait l'allant et la plus que vivacité de celles de Jean-Christophe Urbain. Après une première collaboration réussie sur Toute crue avec le premier de ces deux sbires de génie, Jil Caplan signe avec Comme elle vient, coécrit et réalisé par Urbain, le second volet tout aussi réussi d'un doublé dramatiquement passé inaperçu.  Après les lourdes mais loin d'être lourdingues interrogations et remises en question de Toute crue, Comme elle vient apparaît, avec sa bonne humeur communicative et ses arrangements enlevés, inspirés et inspirants, non pas comme l'album du beau temps après la pluie mais bien comme celui du soleil après la lune : l'album, simplement, de lendemains qui chantent plus que joliment.



Assise au-dessus de l'Europe (Jean-Christophe Urbain)
Toi et moi  (Jean-Christophe Urbain)
Mes cheveux courts
(Jil Caplan / Jean-Christophe Urbain)
Range ta guitare cowboy
(Jean-Christophe Urbain)
L'impossible
(Jil Caplan / Jean-Christophe Urbain)
Fais le grand saut
(Jean-Christophe Urbain)
Toujours à mon cou
(Jean-Christophe Urbain)
Les moutons
(Jean-Christophe Urbain)
Je mens à peine
(Jil Caplan - JC Urbain  / Jean-Christophe Urbain)
Orbisong
(Jil Caplan - JC Urbain / Jean-Christophe Urbain)
Je reviens
(Jil Caplan - JC Urbain / Jean-Christophe Urbain)
Un charmant squelette
(Jil Caplan / Jean-Christophe Urbain)

Basse, contrebasse, guitare acoustique, guitare électrique piano, banjo, ukulélé, batterie, synths, cordes
Réalisation : Jean-Christophe Urbain

 

 



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