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OSERAI-JE T'AIMER?
WOUAH LA VACHE!

ÉCRIVEZ À L'AUTEUR

 

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NON JE NE T'AIMERAI PAS!


Ne me demande pas l’impossible, ça démarre mal entre nous. Comment veux-tu que je t’aime quand ta voix, toute terne, s’enlise dans des mélodies plus ou moins plates? Comment veux-tu que je pâlisse d’amour quand ce que tu me dis ne me surprend déjà plus à la deuxième écoute? Je n’oserai pas, pour ces chansons-là, t’aimer. Elles sont certes sucrées, mais mon ascenseur a plus de chance que moi de s’en éprendre. Ce charme superficiel, très « nouvelle scène française », m’ennuie.


J’aime beaucoup tes yeux
Pâles et étonnés
Aussi j’aime ton nez
Est-ce qu’on peut toucher
J’aime assez ton bras
Souple autour de moi
Je n’ connais pas ton pied
Tu peux m’ le montrer…

Oh va-t-en, je vais t’embarrasser


Tu m’embrasses, ça m’embarrasse : je m’en vais, et avec mes deux pieds.

 

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JE VEUX QUE TU M'EMBRASSES!


Comme j'aurais eu tort de ne pas rester un peu. Que tu es belle quand tu délaisses cet humour de bon ton et que tu te mets vraiment la tête à l'envers! Oh boy, oh girl, you go to my head! Tes raisons d'aimer Proust sont si joliment décalées, si bien mises en musique et si bien arrangées qu'elles invitent à repartir à la recherche du temps perdu.


Haydn et Heidegger
C'est vilain, c'est vulgaire
La culture allez, ouste!
Mais j'aime tellement Proust

On nous dit « monument »
Mais c'est la promenade
Le chignon de Maman
Qui vous tend l'embuscade
Et qui vous rend malade
D'émerveillement
Pour une mèche au vent
Qui tremble et se ballade
Et vous restez malade
Et vous restez vivant
Sur la terre comme au ciel
Marcel


De Proust à Kant, ta culture a le goût d'une ambre solaire sucrée. Soyons moins idiots que nous en avons l'air, mais gardons la légèreté comme profession de foi. Et laissons passer une horde bondissante de marsupilamis hystériques. Dans une société qui plombe la tendresse et la gentillesse, le seul recours est une salvatrice futilité : il n'y a pas de survie sans ironie.


Je me plante
Devant toi ravissante
Et je chante
Sur la plage près
D'Alicante
Et toi tu lis Kant
Ma défaite est marquante
Ma déception violente
Je m'absente



Avec toi, je plonge corps et âme Into the groove. A t'écouter reprendre ainsi, tout en douceur acoustique, son tube d'il y a plus que jolie lurette, la madone péroxydée doit se damner d'envie. Trinquons à nos amours cassées, ma Belle. Il faudrait que nous soyons devenus aveugles pour ne pas y déceler encore, lucidement, sauvagement ou avec distance, les traces d'une beauté gracile.


Ne crie plus
Envoie-moi sur les roses
En danse en vers en prose
A poil ou en tutu mais
Ne crie plus
Je n'deviendrai pas folle
C'est toi que tu isoles
C'est toi qui l'as voulu…

Nous étions des amants
Nous voici désunis
Toi, tu es bien plus charmant
Désarmé, démuni
Et je m'en vais pourtant
Sans attendre la nuit



Je t'aime pour tes rêveries égarées qui me donnent envie de te repêcher. Ou de contempler ta dérive souhaitée comme le plus beau des naufrages.


Je suis une bouteille à la mer
Tombée je ne sais plus comment
Emportée au gré du courant
Je n'attends rien, on verra bien
Sous le soleil blanc je dérive
Au gré du vent, au fil des lames
Ma vie est belle, je suis si libre
Ballottée au hasard des vagues


Je t'aime pour ton regard sur les choses, faussement naïf et tellement juste. Ce que voient tes yeux se transforme en poésie.


Les Bordelaises
Au bord de l'eau
Comme les Sénégalaises
Tout naturellement
Les Bordelaises
N'ont pas besoin de falaises
Ni de voir la côte anglaise
Occasionnellement
Les Bordelaises
Pour s'habiller rouge fraise
Avec leurs jupes écossaises
Leurs chemisiers blancs
Ne sont pas, ne vous déplaise,
Ni plus tartes ni plus niaises
Que votre maman



Je t'aime quand tu me parles de l'enfance de ton enfant et de l'enfance persistante de ton âge adulte.

Je t'aime et, oui, je vais t'embrasser. Parce que ta déclaration est l'une des plus belles que j'aie entendues. Les larmes m'en perlent aux paupières.


Je veux te sentir quelquefois
Disparu loin de moi
Et partir à ta trace
Je veux quelquefois te tenir
Pour mieux t'appartenir
Je veux que tu m'embrasses

Je vux te serrer contre moi
Pour la dernière fois
Et puisque le temps passe
Je vais ne jamais revenir
Et pour me retenir
Il faut que tu m'embrasses


Et je t'aime, enfin, parce que tu es la seule fille qui rêve d'être une vache. En réalité, Pascale, je t'aimais déjà sans le savoir. Tu veux bien que je mugisse et rumine avec toi? Wouah la vache!!! …


Parfois je rêve que je suis une vache
Parfois je désire être une vache
Ne plus me poser de problèmes
Qui m'aime, qui j'aime
Et mon pelage est plein de belles taches
Le jour je broute et le soir on m'attache
Ne plus marcher dans les rues de la ville
Fragile
Que diriez-vous si j'étais une vache?
Que feriez-vous, m'aimeriez-vous en vache?
Freineriez-vous en me voyant sur la route?
Sans doute...


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Meuh oui, disons-le tout net : Pascale Borel, ex-
Mikado (La fille du soleil), est la plus belle vache de la chanson française. Ce qui n'est pas donné à tout le monde. Maniant le surréalisme avec délicatesse et humour, elle est tour à tour doucement folle, terriblement lucide, amusée ou encore bouleversante.

Oserai-je t'aimer, en dépit des deux premières chansons, faiblardes, est un magnifique album pop. Comme on n'en a plus fait depuis longtemps. Comme, hélas, peu osent actuellement en faire. Un album qui, parti de peu, va crescendo pour atteindre de saisissants sommets.

Sur J'aime tellement Proust, Pascale Borel parvient à marier une vraie originalité, un humour qui ne s'use pas au fil des écoutes, une belle mélodie, un texte superbement écrit et de magnifiques arrangements. Elle réussit à recréer Into the groove, au point de rendre fade la version originale de Madonna.

Avec Alicante, elle renoue avec des sonorités techno-pop tout droit sorties des années 80, mais qui n'ont pas pris une ride. Sur Tout petit, elle distille une vraie tendresse, pure et nuancée à la fois, sans aucune mièvrerie. Sans transition et pourtant subtilement, elle passe ensuite à une atmosphère rock, sombre et angoissante, avec la terrible Ne crie plus, l'une des (vraies) merveilles de l'album.

Malgré des arrangements qui auraient pu être plus dépouillés, Comme une bouteille à la mer est une vraie chanson de variétés, élégante et populaire. Autre sommet de l'album, Les Bordelaises repose sur un texte magnifique, drôle, fin et poétique, servi par une bien belle mélodie : une magistrale petite chanson de rien.

Pascale Borel a aussi le talent de replonger en enfance sans aucune affectation : à écouter 12 ans, une jolie mélancolie, digne du Diabolo Menthe d'Yves Simon, apparaît. Une mélancolie doublée d'un sourire à pleines dents.

Et puis il y a, hélas finalement, Si j'étais une vache…  Voilà une chanson apparemment bête à manger du foin, mais en vérité belle à pleurer. Une chanson qui résume bien l'univers de Pascale Borel, tout en humour vraiment tendre et, au fond, bellement grave.

Si jamais subsistait une résistance chez l'auditeur, c'en serait fini avec Je veux que tu m'embrasses, belle à tomber. Un de ces titres que tout chanteur doit envier.

Avec Dîtes au prince charmant de Lio, Oserai-je t'aimer est l'une des plus belles productions de ces derniers temps. A ceux qui se demandent où est passée, de nos jours, la belle chanson accessible et raffinée, mais aux autres aussi, un seul conseil : osez aimer Pascale Borel.

 

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OSERAI-JE T'AIMER? ( 2005 )
ARRANGEMENTS ET DIRECTION MUSICALE DE JÉR
ÉMIE LEFEBVRE

Oserai-je t'aimer? (Jérémie Lefebvre)
Tout entier (Pascale Borel - Jérémie Lefebvre)
J'aime tellement Proust (Jérémie Lefebvre)
Into the groove (Madonna / Stephen Bray)
Alicante (Jérémie Lefebvre)
Le sourire de la standardiste (Jérémie Lefebvre)
Tout petit (Jérémie Lefebvre)
Ne crie plus (Jérémie Lefebvre)
Je veux que tu m'embrasses (Jérémie Lefebvre)
Comme une bouteille à la mer (Borel / Lefebvre)
Les Bordelaises (Jérémie Lefebvre)
12 ans (Jérémie Lefebvre)
Si j'étais une vache (Jérémie Lefebvre)

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