



SAUF POSTFACE : TEXTE WEB
MASTER
Dimanche, 7 avril 2002.
Quils sont beaux les toits de Paris ce matin. Il fait soleil, je fais soleil,
je fais sourires et délicatesses à un oiseau fou qui dérate de bonheur.
Jouvre un
kiwi, café bouillu café foutu et pas damour à mon réveil, mais il est des
matins comme ça : irrémédiablement, je fais soleil.
13 heures, Avenue
Foch, arrivée du Marathon de Paris.
Dévidence,
je ne suis pas seul à faire soleil. Les marathoniens ont les traits fatigués et
détendus, ils se sourient, drapés de leurs couvertures de survie aluminium. On
dirait un immense défilé de poulets rôtis, beaux et tendres à croquer.
Jinterpelle
ma sur (42 km au compteur) et mon frère (18 km). Ils sont plus beaux que les
autres à mes yeux dans cette atmosphère de fraternité légère et douce, futile comme
les petits riens importants.
14 h 45 : ma
mère est une fleur étendue sur lherbe de la Place des Vosges. Un jeune homme
assis plus loin fait chanter son violon, et plus loin encore, une fanfare joue du Charlie
Parker.
Ce dimanche 7
avril est un moment de grâce.
Je rentre chez
moi. Coup de téléphone de ma mère : « Je suis la manifestation de la
LICRA (Ligue Internationale Contre le Racisme et l'Antisémitisme). Derrière
Robert Badinter. »
Depuis mon
appartement du Boulevard Beaumarchais, jentends la foule. Je me décide à
aller marcher pour la paix
plus tard.
Plus tard,
cest trop tard. Plus de LICRA, mais fin du cortège pro israélien.
Pancartes :
« Non au terrorisme », « Synagogues incendiées, République en
danger ». Je veux marcher pour cette paix-là.
Plus loin
trop loin : « Sharon, on taime », « Hier New York,
aujourdhui Jérusalem, demain Paris », des drapeaux états-uniens.
Je pâlis.
Place de la
Bastille.
Mouvement de
foule. Je grimpe sur un banc pour éviter la bousculade.
Ces mots atroces
dune femme : « On va casser du petit Beur. » Envie de vomir.
Je vois passer
quelques yeux rougis par des gaz lacrymogènes. Je massois sur un
anti-stationnement en pierre. Le visage dans mes mains, je
pleure : napprendra-t-on jamais ?
Je nai pas
pu me rendre à la manifestation palestinienne. Moi, je marche pour la paix,
et la paix na pas de nationalité. Ma mère y était. On y a brûlé un
drapeau israélien
De quelle paix parle-t-on, ici et là ?
La foule se
calme. Bayrou arrive. Madelin est déjà passé, Lepage aussi.
Plusieurs se mettent à scander : « Bayrou Président ! »
Putasserie de la quémande de voix : il ny avait personne hier,
pour la même paix.
Face à la bonne
volonté sopposent toujours des dérapages. Je nétais certainement pas
le seul à marcher pour la paix, pas le seul à penser que Sharon, Bush et Arafat ne sont
pas blancs comme neige
À me sentir seul dans la foule, à me dire : pour
qui, comment et pourquoi, à en perdre le goût de vivre
La
voix se lève dans ma tête, arrache mon visage de mes mains, minvite à la
réécouter, urgemment.
Chez moi, je pose
le disque sur la platine. Frida chante. Frida Boccara. Morte, enterrée,
oubliée ou estampillée quétaine, ringarde, kitsch.
Frida, tu
nes pas oubliée, ni morte, du moins pas par moi, pas pour moi.
Ta voix
terrienne, ton cur sans frontières, ta vérité profonde, mont rendu ce
dimanche 7 avril comme il était né : une grâce en forme de croix, détoile ou de
croissant. Ou de poulets rôtis.
On a honte de
vivre, mais mille chevaux décume galopent, galopent, et me redonnent
lespoir en lHomme.
Rien que pour
cela, rien quavec la tendresse pour seule richesse, je vais peindre les murs
des seuls graffitis qui le méritent, quon se lamente devant ou non.
Dors bien,
Frida. Une chanson, même en cet Univers-Sale, nest pas rien.
Ta musique garde
son poids dans la bataille :

(1) Oriundi
(2) Un homme de partout
(3) Tristan
(4) Natacha Maria Frederica
(5) Mon dieu qui n'existe pas
(+) Il n'y a qu'un soleil pour toute la Terre
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Dupont Durand
On a tous eu dans nos rangs
En 1800 ou bien avant
Des voyageurs des étrangers
Qui sont venus mélanger
Leur semence à notre sang
Et ces femmes et ces hommes
On les nomme des Oriundi
Tous les Hommes sont des Oriundi
Même ceux qui nen savent rien... (1)Et quand le pays qui ta vu naître
Nest pas le pays de tes ancêtres
Tu ne tassois plus tu vis debout
Tu deviens un homme de partout
Pourtant nous parlons la même langue
Et dans ce pays qui nous rassemble
Nous avons cette chose en commun
Aucun de nous ne sait doù il vient... (2)
Toi qui viens de naître dans ce
monde en acier
Mon fils
Je pense à toi mon fils
Et je voudrais mon fils
Pouvoir te suivre où tu vas
Nous, nous croyons vivre sans roi
Et cest lor qui fait la loi pour nous...
Te voilà lâché dans cette Tour de Babel mon fils
Tu choisiras mon fils
Ta langue à toi mon fils
Et le pays quon voudra ... (3)
Je taime Natacha
Ich liebe dich Maria
I love you mein Frederica
Et même sur un accordéon
Cest la même chanson... (4)
Mon Dieu qui nexiste pas
Est-ce que tu crois en moi ?
Jai besoin de savoir
Si jexiste pour toi (5)
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LE VRAI SCANDALE C'EST LA MORT
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Il fallait être
folle. Les violons de Cent Mille Chansons virvoletaient encore régulièrement
sur les ondes, ceux de Pour vivre ensemble venaient même de voler sur
l'Atlantique : la divine et suave Chantal Pary méga-cartonnait en Belle Province avec la
reprise de cette « si belle chanson si romantique ». Preuve que l'on peut
transformer toute chose en n'importe quoi... et quiconque en n'importe qui.
C'est dans ce contexte que Frida s'est repointée au Québec. Quelques années
auparavant, elle y avait enregistré ce qui reste son seul album live connu.
C'était cette fois l'hiver. 1975. Il faisait moins 30 mais la salle, chic, la plus
grande et la plus chère des salles de la ville, était sinon chaude du moins comble,
venue se réchauffer à son sourire...
Première partie. Pas de Cent milles chansons, de Pour vivre ensemble ou
d'Enfant aux cymbales. Dès l'attaque, une nouvelle chanson. Puis une autre, puis
une autre, une quinzaine en tout, d'affilée, dont quelques-unes a capella sans micro,
puis rideau.
Entr'acte. Hommes d'affaires scandalisés qui se pressent vers la sortie avec Bobonne au
bord de l'infarctus, ravis d'échapper à la chanteuse préférée de Madame.
Murmures : « Elle est tombée sur la tête. »
« Révolution? Révoltant oui! » « Finalement j'aime mieux Chantal
Pary. » « Si j'avais su j'aurais pas venu. »
Seconde partie. Cent mille chansons offertes à une salle à moitié vide, enfin.
Vidée de celles et ceux qui ne pouvaient supporter de s'entendre dire que tous, autant
que nous sommes, ne sommes que des Oriundi. Et qu'il faut changer le monde.
Il était trop tôt sans doute. Il fallait être folle sans doute. Il faut le rester, nul
doute.
... De ce soir courage à si peu d'autres pareil ne resta un temps qu'un disque, hélas
studio : Oriundi. Il reprend l'essentiel de la quinzaine de nouvelles
chansons que Frida osa ce soir-là.
Un disque musicialement très free, éclaté, même si parfois surarrangé, même
s'il ne rend pas toujours la magie de ce soir à si peu d'autres pareil.
Un disque où
survécurent un temps, intacts, la voix, l'émotion, le courage de Frida, les mots de
Marnay, les musiques de Jean-Michel Braque, de Lina Boccara.
Un disque aujourd'hui introuvable : à l'instar de l'exploit dont il témoigne, il reste
non réédité. Qui l'oserait, qui l'osera?
Parce qu'il en va
parfois des chansons comme des hommes et des femmes : le vrai scandale, c'est la mort.
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FRIDA BOCCARA
ORIUNDI 1975
London LFS-9014
TEXTES : EDDY MARNAY
MUSIQUES : JEAN-MICHEL BRAQUE
SAUF * : LINA BOCCARA
RÉALISATION EDDY
MARNAY & LINA BOCCARA
ARRANGEMENTS CHRISTIAN CHEVALIER
AUTOPRODUCTION FRIDA BOCCARA
Oriundi
Tu me ressembles
Un homme de partout
Qui est Martin? *
Tristan *
Ave la Vita
Natacha, Maria, Frederica
Le maximum de qualité *
Mon dieu qui n'existe pas *
La montagne et l'oiseau
Vivre libre *
Une planète à l'aventure
Il n'y a qu'un soleil pour toute la Terre
Ce qu'ils veulent c'est qu'on les aime
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SAUF « LE VRAI SCANDALE C'EST
LA MORT » : TEXTE WEB MASTER

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