Frida
Boccara - Discographie commentée

F R I D A B O C C A R
A - P A R Q U A T R E C H E M I N S

Il faut bien aller
Là où l'amour est plus qu'un simple jeu
Où le cur est plus grand que les yeux
Il faut vivre ensemble et vivre vieux
En s'aimant chaque jour un peu mieux
Je suis en train
de l'écouter. Elle. Oubliée, rangée dans je ne sais quelle catégorie,
imagerie, qui ne lui conviendra jamais.
Moi, je vais te
dire ce que j'entends, ce que je vois : une baie.
Ce pourrait être celle de Rio, mais la statue qui la surplombe a un cur.
C'est une femme. Elle contemple avec bienveillance le monde qui s'étend devant
elle, le regard un peu mélancolique pourtant lorsque le soleil s'endort, lentement, dans
des vapeurs rouges, sombres, profondes.
Elle assiste, de
loin, aux funérailles d'un laboureur, sur la colline. Une femme, sa mère, sa sur,
sa fille, ou bien encore sa conscience, le pleure, digne et belle, musicale et païenne,
terrienne.
Là-bas, une
autre femme, nue, nage dans la mer, comme tous les soirs. On dit que c'est une
sirène, que c'est elle qui, chaque nuit depuis le début de l'éternité, fait écumer
l'océan de ses nages graciles.
Assise sur la
plage, du sable dans ses poings, une quatrième femme, encore belle, encore jeune,
contemple l'horizon. Elle se dit qu'elle voudrait enfin être d'une autre saison que
l'hiver.
... Spectacle
cruel et merveilleux ... Car, près d'elle, un couple s'embrasse. Ils créent
un pays pour eux, et plus de cent mille chansons quand à leurs langues enlacées se
mêlent des mèches de leurs cheveux longs. La femme sourit
Elle est l'être
auquel chaque Terrien aimerait ressembler.
Le vent souffle
du Vivaldi aux quatre chemins, et s'envole une prière vers le Paradis.
Tout près du ciel, la femme statue a une voix à la fois rude et enrubannée. Elle
est brute, elle est cordes. Sans doute elle aussi offre-t-elle, comme dans les
légendes, des bouquets d'asphodèles au taureau puissant.
À Rio, à bercer la tristeza de Maria Creuza
Dans la pampa argentine, sous le regard bienveillant d'Atahualpa
À Yerushalayim, priant pour une paix encore à venir
Quelque part au Québec
Sous les lumières de ma ville
Les paysages se multiplient
se confondent
Un enfant tape des cymbales, caracole dans un tourbillon de rires cristallins. Il
s'est arrêté, interloqué, amusé ou ému, devant chacune de ces femmes. Il les a
regardé vivre, puis a repris son chemin fou et naïf, des fleurs plein la bouche, des
éclats d'écume plein les yeux, du bordel de vie plein le cur.
Toutes ces femmes sont silences, toutes sont vies
La vie.
Toutes ces femmes s'appellent Frida.
Et l'enfant, c'est moi.
Il n'est jamais trop tard pour aimer


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