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Je ne chante que dun souffle. Ce souffle est depuis longtemps, je ne le réalise vraiment que depuis peu, porté par celui dectoplasmes. Des fantômes maccompagnent, minsufflent des mots. Jen connais très bien certains, ils caressent ma langue. Je ne peux leur rendre leurs baisers quen activant la mienne, et cela donne ce que ça donne : des chansons, des palabres, du rien ou du tout. Tous les effets que peut produire un baiser. Je ne peux abandonner mes fantômes, leurs visages brumeux. Jentretiens avec eux des dialogues, jentretiens nos amours qui, si lon sen souvient, furent parmi les plus belles. Quand bien même nai-je pas su aimer bien, quand bien même nai-je pas su garder. Peut-être est-ce la raison pour laquelle je discute avec les dOutre-Tombe. Pour les aimer mieux. Pour me pardonner. Un peu. Puisquils étaient si beaux, puisquils partirent, étais-je si peu méritoire quon ne môtât la vie aussi ? On me laissa la vie, et leurs paradis terrestres. Il est bien difficile de cesser de dire adieu à mes ectoplasmes. De leur rendre leur liberté, de les laisser endosser leurs paires dailes, crochues ou emplumées. De moffrir la liberté. Mais combien de temps peut-on chanter avec la même peine ?
Il est un moment où votre malheur devient insupportable aux narines des autres. Il pue. On vous prie de ne plus le rendre public, plus ou moins courtoisement. Je me tairai. Mais rien ne mempêchera de prendre le temps de rendre le bel Adieu. Le rassasié, lapparemment apaisé, le souriant, celui qui terminera la ronde des autres adieux, quà chaque fois je pensai ultimes. Je marchais dans la Medina. La voix séleva de la Koutoubia. Des violons dansèrent. Des fantômes de là-bas se mirent à pleurer de rire, à rire davoir pleuré, à jouir de la vie que leur mort a rendue plus précieuse. À rire de leurs bonheurs de peur den pleurer ou de les fuir. Je pus danser, je pus sourire à nouveau, recouvrer les sens. Je remportai dans mes bagages ces violons et ces voix nues. Je les offris à mes fantômes. Je ne suis pas Oum Kalsoum. Mes fantômes ne sont pas arabes. Mais je souriais. Eux aussi, jen suis certaine. Je pus enfin leur donner mon premier et dernier sourire de leur Après-Tombe. Pensez-en ce que vous voulez Ce nest pas moi quil faut écouter à travers les arabesques que je dessine. Ce sont eux. Au-delà de mes légendaires maladresses. Eux. Les petits dieux quil est si difficile de ne pas aimer Encore un peu. À chaque fin de nos mille et une vies, la joie vient toujours après la peine.
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( Anno Birkin / + sur le Web : www.kicksjoydarkness.co.uk )
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