Benjamin Biolay
- Rose Kennedy (Album commenté)

R O S E
K E N N E D Y / A
P R È S L ' A M O
U R


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Au pays de la chanson française, il y
avait longtemps que la grande musique n'avait plus soufflé à ce point.
La grande musique
de ce petit art, dit « mineur », mais qui déchire le coeur comme un grand. Quel
immense assassin, tout de même, que ce petit art, l'un des seuls à venir à bout du mal
de vivre quand plus rien ni personne n'y parvient.
La grande
musique? Simplement, celle qui sait parer les mots de le français d'autre
chose que de fringues sans âme Made Comme-Aux-USA.
Ou plus
précisément, Made Comme-Il-Se-Doit-Pour-Les-Oreilles-Sciemment-Abruties.
Il y avait donc
longtemps que la grande musique n'avait plus soufflé à ce point sur la chanson
française même si, depuis quelques années, l'on avait pu percevoir dans l'air quelques
bousculades...
Il y avait même
eu, en 1997, d'un coup, un gros coup de vent : Les palaces de Brigitte Fontaine,
réalisé avec génie par Areski Belkacem. On aurait pu s'attendre à ce que la
tempête s'engouffre par la brèche et balaie d'un trait le « petit gros son »
porteur vers la gloriole de tant de beugleurs et beugleuses de variètes sur fond de
violonnades bonbono-boostées, mais non. Ce ne fut hélas pas Hélène qui s'égara.
Quelques brises
s'étaient bien élevées deci delà, qu'elles émanent du Papillon de Véronique
Sanson ou du Corps et armes de Daho, mais, dans l'ensemble, rien qui décoiffe,
ni durablement ni de bout en bout : de la grande petite musique, en somme.
Malgré tout, fin
99, un album s'était pointé discrètement sous l'éolienne, réalisé par un alors
illustre inconnu, Benjamin Biolay : La biographie de Luka Philipsen, de Keren Ann
Zeidel. Tiens tiens, intéressant, prometteur....
En 2000, deux
albums, Clair-Obscur de Françoise Hardy et Chambre avec vue de Henri
Salvador, avaient à nouveau bousculé l'air immobile et (miracle!) s'étaient vendus sans
vendre leur âme au diable. Sur le second, splendide hasard, résurgence de Benjamin
Biolay.
Début
2001. L'ancrage de la tendance semblait enfin possible, avec trois albums
théoriquement en mesure de re-relever le défi de l'anti-format/formol. Mais aucun
d'eux ne fit mouche. Ni l'Oeil extatique des trop confidentiels Lazzi, ni
le Juke Box des Valentins (fleurant vraiment bon la grande musique mais flirtant
hélas côté textes avec le catalogue de la Redoute-Des-Clichés) ni même le plus que
beau Grand huit d'Hubert Mounier, où revenait pourtant, à la réalisation, ce
nom, ce nom, comment déjà? Benjamin... Benjamin... Biolay. Ah si, le
« type du Keren Ann ».
Depuis l'époque
des Jean Musy (arrangeur des somptueux premiers Lara ou Mayereau), des Jean-Claude
Petit (arrangeur des sublimes premiers Clerc), des JC Vannier ou des deux Michel B
des années Véronique, il y avait un bail qu'aucun nom ne s'était autant «
distingué » dans le monde de l'arrangement-réalisation.
Et, de bouche
pincée à oreille défoncée, ça commença donc : Biolay par-ci, Biolay par-là, Qui
c'est celui-là? Il n'en ferait un peu trop le jeunot? Tiens, il a réalisé
aussi le premier album de OL... Il prépare même son propre album dit-on,
attendons, attendons voir...
L'attente, « les
attentes », rien de pire, rien de plus difficile à satisfaire, rien de plus facile à
décevoir, rien de plus cruel et pourtant, rien de plus naturel.
Eh ben alors, eh
ben alors ?
Eh ben alors, le
22 mai 2001, oui.
Oui il est sorti,
l'immense album dont la chanson française semblait incapable d'accoucher depuis les
inattendus Palaces de Madame Fontaine. Il est là, réalisation et
interprétation Benjamin Biolay, paroles et musiques Biolay seul ou avec
d'autres. Il s'appelle Rose Kennedy, il aurait pu s'appeler Les mélodies du
bonheur :
C'est comme
on avait dit
Un coin de paradis
Un piano, un pianiste
Un tour de piste
C'est comme
au bon vieux temps
Quand c'était mieux avant
Une mélodie légère
Un courant d'air
C'est la
mélodie du bonheur
C'est l'air du temps
Du temps qui passe
Qui fait danser
La fille d'en face
Seule
Hélas
(La mélodie
du bonheur, Benjamin Biolay / Benjamin Biolay)
Quand le silence
retombe au bout de la piste 13, l'on se dit forcément que, de cet album, tout est
là. Dans ces mots. Cet album... : 13 mélodies du bonheur, souvent tristes,
et encore..., mais combien heureuses, oh combien!
Il est beau le
silence après l'amour de la musique. On reste là les yeux fermés, personne ne
saura si l'on a pleuré.
Il nous revient
alors ce somptueux piano du premier titre, Novembre toute l'année, ils nous
reviennent Fauré, Ravel, ces grands de la grande musique française, il n'est pas loin
non plus Gershwin, par la grâce de qui les mots Musique et Amérique devinrent
jadis ce que jamais ils n'auraient dû cesser d'être : des mots d'amour.
Elles nous
reviennent, du titre « 2 », Les roses et les promesses : Rose Kennedy
a tenu les siennes.
Ils nous
caressent encore Les Cerfs-volants de la « 3 », juste avant que La Mélodie
du Bonheur ne nous fasse pleinement jouir mais encore, encore... pas
la peine d'ouvrir les yeux, on le revoit L'Observatoire :
Dans les
cèdres
Il y a le temps qui nous précède
Il y a le printemps qui décède
Il y a du fado et du Phèdre
(...)
Sur l'autre
rive
Les plaisanciers
Les badauds ivres...
(L'Observatoire,
Benjamin Biolay / Benjamin Biolay)
Ils nous
obsèdent, non, ils nous frôlent de leurs ailes redéployées les badauds ivres
de Biolay, comme ses bateaux ivres, qui passent et repassent au fil des plages,
sans prétention : ils sont simplement beaux, ils vont simplement sur la mer.
Elle nous
fourmille dans les jambes, la si mal nommée Monotonie, qui à mi-parcours nous a
donné l'envie de danser comme rarement depuis longtemps, il nous intriguent et c'est bien
Les Soixante-douze trombones avant la grande parade, et puis l'on part, et puis
l'on part...
... On
revoit ce qui s'est peu à peu dessiné en notre tête folle de joie pour une fois,
c'était vert, c'était bleu, c'était la mer là-bas, au presque nord de l'Amérique,
Cape Cod, qu'ils étaient doux ces parfums qui nous restent, ceux de cette Amérique qui
était encore un peu une nouvelle France, jeune, différente, belle et pas conne comme
Madame Simpson, ceux de la cuisine de Marguerite juste un peu plus au nord, île des
Monts-Déserts, neuf lettres, « Yourcenar », à demi effacées sur la boîte
aux lettres de métal à petit drapeau rouge, Carly en robe à fleurs échappée de
New-York le temps d'un week-end sans fin, l'eau verte, bleue, Bonsoir John-John
murmuré au soir qui tombe sans peur encore du ridicule, juste après la balle, la balle,
qui tua bien plus que le fils de Rose...
Courte
La vie est courte
Et comme je comptais dessus
Triste
Que la vie est triste
Lorsqu'on a déjà tout bu
Douce
La pente est douce
L'été au rendez-vous
Tendre
Dans l'herbe tendre
Sous le soleil du mois d'août
Ivre
Mon bateau ivre
Dans la tempête
Libre
De finir le livre
Où il s'arrête
(Sous le
soleil du mois d'août, Benjamin Biolay - Keren Ann Zeidel / Benjamin Biolay)
Oui, il est beau
le silence après l'amour de la musique.
Garde les yeux
fermés, garde les yeux fermés, ouvre simplement la bouche pour rendre son baiser à ce
garçon, qui pour une fois en est un, qui pour une fois l'a mérité.


BENJAMIN BIOLAY / ROSE KENNEDY
Sortie : 22 mai 2001
Des arrangements
d'une finesse, d'une beauté, tout aussi riches qu'aérés, superbes d'une acoustique
soulignée par des programmations inspirées... Des mélodies, des mélodies... !
Des textes simples et beaux, parfois tellement plus... Et une voix aux
antipodes de la course à la puissance, qui donne simplement à chaque mot le poids, le
sens, l'émotion qui lui sied. Sans rien de plus, sans rien de moins.
Redoutable, à
en redonner le goût de l'art.
Novembre
toute l'année (Benjamin Biolay)
Les roses et les promesses (Benjamin Biolay / Keren Ann Zeidel)
Les cerfs-volants (Benjamin Biolay)
La mélodie du bonheur (Benjamin Biolay)
L'observatoire (Benjamin Biolay)
La monotonie (Benjamin Biolay)
Soixante-douze trombones avant la grande parade (Benjamin Biolay / Biolay
- Keren Ann Zeidel)
Los Angeles (Benjamin Biolay)
La palmeraie (Benjamin Biolay / Keren Ann Zeidel)
Rose Kennedy (Benjamin Biolay)
Sous le soleil du mois d'août (Benjamin Biolay / Keren Ann Zeidel -
Biolay)
Les joggers sur la plage (Benjamin Biolay)
Un été sur la côte (Benjamin Biolay)
Piano, guitares,
basse, batterie, percussions, cordes, cuivres, contrebasse, flûte, programmations,
échantillonnages


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