



1... 2... 3... : guitare !
Au premier kilomètre
J'ai baissé la vitre...
Puis j'ai pris la fuite...
J'ai mis des cassettes....
Billy Bob a raison :
« Les gens c'est tous des cons. »
La road song qu'est Billy
Bob et qui ouvre le premier volet de Négatif est formellement plus que
jolie.
Toute en guitare et dobro,
elle sent, comme tout l'album d'ailleurs, le désert, le grand large sans la mer.
La vieille Chrysler.
Se jouant des virages de
ses courbes rutilantes, elle a en apparence à tel point tout pour plaire que pour
un peu l'on s'y laisserait prendre, se laissant plus que volontiers prendre en stop par
Benjamin Biolay sans se poser de questions.
Billy Bob a raison, les
gens c'est tous des cons, filons gaiement vers l'horizon?
Non.
Les gens ne sont
évidemment pas tous des cons.
Par contre si :
prétendre le contraire est bel et bien l'une des pires conneries de la Terre.
Alors quoi ?
On va où là ?
On chante n'importe quoi et
en plus, sous les samples de Little Darlin', on remet ça ?
J'ai ma devise
J'ai mon diction dit-on
Les gens c'est tous
De sacrés cons
Je sais, je sais, il y a «
dit-on», mais quoi qu'il en soit non, bien sûr que non : Biolay Benjamin et Bob Billy b
ont beau partager les mêmes initiales, loin de moi l'idée de songer que le premier
puisse donner raison au second.
On l'aura compris,
surpassant Gainsbourg et son Gainsbarre ou Renaud et son Mister Renard,
Biolay, privé d'une seconde saga Kennedy derrière laquelle se planquer, s'est à
son tour inventé non pas un mais toute une série de doubles, qui tour à tour
chantonnent leur histoire au fil du premier volet de Négatif.
L'exercice, de haute
voltige et exécuté avec un rare brio, ravira les amateurs du genre : je n'en suis,
honnêtement, pas, étant davantage sensible aux ACI qui se chantent sans pudeur ni
personnage(s).
Mais j'ai tout de même
suivi BB dans sa Chrysler jusqu'au bout de sa route 666 sic.
Sagement assis à ses
côtés, j'ai regardé devant et tout autour, sans pouvoir m'empêcher de jeter
parfois, à la dérobée, un oeil sur le chanteur masqué.
Au fil du ou des
personnages, donc, bien des paysages y sont passés. Toujours la lumière était
belle, même si ce qu'elle donnait à voir me laissait souvent émerveillé par la
forme, certes, mais sans guère d'émotions au fond.
Séduit par la pénombre des Pays-Bas.
Touché par l'incursion hors la vie de BB,
prolongée jusque dans ses nuits blanches, si bellement peuplées :
Dans mes nuits blanches
ll y a des Comanches
Des kamikazes et des terroristes
Dans mes nuits blanches il y a des Apaches
Des natures mortes et des chansons tristes
Dans mes nuits blanches
Il y a des avalanches
Et des skieurs qui font du hors piste
Dans mes nuits blanches
Les photos de vacances
Sont les seuls souvenirs qui subsistent
Plus loin, plus loin encore : admiratif
devant l'alliage nostalgico-pop de la Chaise à Tokyo, affolé par cette autre,
électrique, indirectement évoquée au fil des samples de Little Darlin', mais
toujours sans émotion au fond, malgré la puissance mélodique et la superbe
arrangementale de nombreux titres, dont l'inattendue guitaresque Je ne t'ai pas aimé.
Plus loin, plus loin encore, jusque dans
ces souterrains peuplés de glory holes une fois lesquels passés, bizarrement,
BB a semblé lever le pied, ayant peut-être enfin, à être finalement allé plus loin
encore que Saint-Gainsbourg n'avait osé le faire, pris le sien à plein?
Quand soudain presque
humain il s'est mis à chantonner La vanité, j'ai presque cru qu'il allait
se démasquer mais non. Il s'est tu et s'est remis à zigzaguer sur une belle
jazzerie sixtisante pour enchaîner, après un ultime virage en épingle à cheveu,
par une Negative Folk Song à son tour coupée net par une toute aussi inattendue
que bienvenue ritournelle sur fond de boîte à musique.
C'est là, alors que je ne
l'espérais plus, que je l'ai vu.
Couper le moteur.
Descendre de la Chrysler.
Bref : arrêter son
cinéma.
Et s'éloigner en chantant
encore moins fort qu'il sait pourtant si bien le faire, d'un air détaché, enfin presque
attachant :
Soit dit en passant
D'un ton plaintif
Je suis un enfant
Si craintif
...
Mort ou vif je reste négatif
Puisque tout fout le camp
Et il l'a foutu, le camp.
Il était exsangue mais
Billy Bob, lui, était-il mort et surtout enterré, comme on pouvait l'espérer, aux
côtés des autres doubles de Benjamin Biolay ?
C'est pour le savoir que
j'ai posé sur la platine le disque 2 de Négatif.

À SUIVRE...

BENJAMIN BIOLAY
Négatif - Disque 1
Avril 2003
Billy Bob a raison
La pénombre des Pays-Bas
Hors la vie
Nuits blanches
Chaise à Tokyo
Je ne t'ai pas aimé
Little Darlin'
Des lendemains qui chantent
Chère inconnue
Glory Hole
La vanité
Negative Folk Song / Boîte à musique
Négatif
Exsange
Paroles et musiques :
Benjamin Biolay
Sauf La pénombre des Pays-Bas (Biolay/Biolay-Keren Ann)
Réalisé par Benjamin Biolay
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Comme
avec Rose Kennedy, Benjamin Biolay signe avec le premier disque de Négatif
un CD très au-dessus de la production française moyenne actuelle... par la forme.
L'évolution musicale
et arrangementale est nette : plus guitare que son prédécesseur, moins balnéaire et
plus terrien pour reprendre à peu de choses près les propos de l'artiste, ce premier
volet de Négatif est aussi plus varié, inventif, intriguant, envoûtant, par la
forme toujours.
Le seul hic de cette sucession de chansons tristes
étant qu'à aucun moment, hélas, l'envie de pleurer n'est la plus forte.
On en pleurerait presque d'ailleurs tellement tout
cela, autrement, est magnifique.
Souvent magistral, même.
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