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Matin dété.
Temps de chien dépressif.
Café et prunes bien
sucrées.
Cunégonde, ma mouche
domestique, sort doucement de sa léthargie pour venir partager mon petit-déjeuner.
Elle sinstalle sur
son sucre, nettoie ses mille z'yeux et commence sa dégustation avec un large sourire de
contentement.
Temps de chien suicidé
peut-être mais rien à faire, jaimerai toujours les matins dété.
Sait-on vraiment ce que
représentent de tels débuts de journée à Saint-Tropez, celui dil y a 20 ans,
dans la tête dun petit garçon dil y a 20 ans ?
Moi, je sais.
Jétais chercheur de
pignons, traqueur de bigorneaux et doursins, premier public des cigales, nageur si
imbibé que les poissons, me reconnaissant, me saluaient au passage.
Jétais propriétaire
de cette calanque dont je ne donnerai jamais ladresse. Pas même à Cunégonde qui
serait prête à vendre père, mère et 3011 surs pour un noyau de prune.
Non, mais cest pas
possible de faire un tel boucan juste parce quon déguste un sucre !
Cunégonde, cesse de bzzzzzer deux minutes ! ! !
Où en étais-je ?
Ah oui, la calanque. Jétais maître du monde, puisque ce monde-là,
cest certain, tournait autour de moi.
On sy rendait en
voiture. Cétait le moment du rituel musical. Mon oncle avait eu lexcellente
idée dépouser une brésilienne. Cest ainsi que purent participer au rituel La
fusa de Vinicius de Moraes, Maria Creuza et Toquinho, que je connais encore note par
note, et
Maria Bethânia.
Plus tard,
japprendrais que cette dernière est une déesse vivante au Brésil, la sur du
non moins immense Caetono Veloso.
Mais alors que, dans la
voiture, javais déjà revêtu masque et tuba, Maria se contentait de
minculquer, sans que je le réalise, toute une philosophie de vie.
Ô abelha rainha
Faz de mim um instrumento
De teu prazer, sim, e de tua gloria |
Ô
Reine des abeilles
Fais de moi un instrument
De ton plaisir et de ta gloire |
Mel.
Cette chanson, je nai jamais
compris quaucun journaliste ne le mentionne, est lhymne benjaminesque.

Cette petite abeille
butinant une fleur sur la pochette, je voulais être elle.
Mais non, Cunégonde !
Cest pas toi sur la photo, ça, cest une abeille, idiote ! ! !
Cet album de tropicalisme
si empli de sucre (Silence, Cunégonde !), si empli de saudade, de profondeur et de
légèreté, de manque et damour, de vie, je veux quon le joue à mes
funérailles. Si je meurs un jour.
Parce quon ne peut
mourir un matin dété.
Tiens ! Le téléphone
sonne ! Cunégonde répond, cest un message de mon Amour. Et moi, je goûte en
rêve à ses lèvres de miel dans un infini désir, un infini délire.
Meu amor cuando me beija
Sinto o mundo revirar
Ah ! Infinito delirio chamado desejo
Essa fome de afagos e beijos
Essa sede incessante de amor
Ah ! Essa luta de corpos suados
Ardentes e apaixanados
Gemendo na ânsia
De tanto se dar


MARIA BETHANIA
MEL 1979
Philips 838 287-2 / Réédité depuis
Mel (Caetono
Veloso Wally Salomao)
Ela e eu (Caetono Veloso)
Cheiro de amor (Duda Jota Paulo Sérgio Valle Ribeiro)
Dar cor brasileira (Joyce Ana Terra)
Loucura (Lupicinnio Rodrigues)
Gota de sangue (Angela Rô Rô)
Grito de alerta (Gonzaga Jr.)
Labios de mel (Waldir Rocha)
Amando sobre os jornais (Chico Buarque)
Nenhum verao (Tulio Mourao)
Infinito desejo (Gonzaga Jr.)
Queda dagua (Caetono Veloso)
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