MICHEL BERGER
BEAURIVAGE
Un nom connu, porteur de rêves, une pochette évocatrice, laissant croire, comme avant, à un univers musical ou textuel en expansion, et puis... la déception, le sentiment de redite ou, pire, la banalité. Avec Beaurivage, la musique de Berger apparaît soudain banale. Ni mauvaise ni mal faite ni rien de tout ça : banale, c'est tout¸ comme celle des Catherine Lara et Julien Clerc, ces joyeux fous des 70, apparemment englués d'un coup dans une sorte de normalisation allant, évidemment, dans le sens d'un son «US» mal imité et sans véritable intérêt. Sans personnalité en tout cas, ce qui revient au même. Le «son» n'est pas tout, je sais bien, mais il compte aussi, surtout lorsqu'il domine tout, que tout, textes et mélodies, semble taillé pour le mettre en valeur. Voilà tout le problème de Beaurivage et, malheureusement, des albums suivants de Michel Berger, jusqu'au superbe, audacieux et hélas ultime Double Jeu. Résultat : de bien ordinaires petites chansons, dont Maria Carmencita sourde et muette (quel titre, on a compris, où est la surprise quand tout est dit d'entrée de jeu?) constitue sans doute l'exemple le plus représentatif. De bien ordinaires petites chansons, souvent longues en prime, la palme revenant à l'interminable C'est pas la peine de vivre (5 minutes 27 secondes de poncifs textuels et mélodiques). Pas tendre? Si, la franchise est toujours plus tendre qu'elle n'y paraît : seules les fausses fleurs sont intrinsèquement vénéneuses. Pas de fleurs donc, pour Beaurivage, sinon une seule, pour On n'est pas seul, unique véritable étoile rouge dans un ciel où, dans un coin, une cinquantaine d'autres, blanches, agglutinées sur fond bleu, dessinent déjà un triste galaxie où tant de beaux Martiens iront sinon perdre, du moins tenter de vendre leur âme. À chacun ses beaux rivages.
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BEAURIVAGE
1981
Mademoiselle Chang |
Tant d'amour perdu |