
L A L E G E N D E D E J I M M Y
L A M O R T D E J A M E S
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22 septembre 1990. Très attendue et sans doute trop, la production scénique de La légende de Jimmy investit la scène du Théâtre Mogador : le disque suit dans la foulée. Depuis Babacar (87), silence radio côté Berger : rien n'est pire pour faire naître les attentes les plus insensées, pour alimenter les fantasmes dont celui, suprêmement détestable, d'un second Starmania... Comme si un ne suffisait pas. L'inévitable se produit donc : La légende de Jimmy se ramasse. Tout est relatif, évidemment. Le single de la pièce titre, susurrée par Diane Tell, obtient un certain succès, en France mais aussi au Québec, ce qui a de quoi étonner. En effet, le Québec d'alors n'a toujours pas pardonné à Miss Tell d'avoir, circa 82, décidé du jour au lendemain de «parler en français de France», reniant son accent abitibien à un point tout à fait renversant. Dans ce contexte, le succès nord-américain du titre Tell de la Légende en dit long : la ligne mélodique est forte, le texte se tient, les arrangements synthétiques sont pour une fois bien dans l'air du temps, bref c'est bien foutu et, Tell ou pas, ça cartonne. Alors quid? Qu'est-ce ce qui ne va pas? Eh ben... presque tout le reste, sans que, étonnamment, la musique de Michel Berger ne soit en cause. La force de la Légende, réelle ne vous en déplaise, tient en effet à sa musique. Point. Non à ses arrangements : hormis quelques exceptions (La légende, Cinéma, Aime-moi pour qui je suis...), ils sont insupportables d'artifices. Non à ses interprètes non plus : Diane Tell a vite fait d'agacer, et Renaud Hanson, pâle copie de Daniel Balavoine, force le parallèle avec Starmania, pourtant le piège à éviter à tout prix... Quant à Tom Novembre, on ne peut que se demander ce qu'il vient faire dans cette galère, qui lui va comme des bretelles à un canard. Seule Nanette Workman, immense, magnifique, extraordinaire comme toujours, sauve la mise... dans la mesure où les textes qu'elle interprète sont à la hauteur de son talent hors du commun, ce qui est loin d'être toujours le cas. Eh oui, voilà tout le problème de la Légende : le livret de Luc Plamondon. Pas bon Luc Plamondon? Non, ce n'est pas ça. Simplement : «peut mieux faire...», et l'a déjà fait. Qu'on se rappelle... 1973. Cette année-là, Luc Plamondon écrit pour Diane Dufresne le texte d'un mini opéra-rock plus ou moins oublié depuis, l'Opéra-Cirque. Presque 30 ans plus tard, ce texte fleuve demeure l'un des plus forts, des plus durs, des plus beaux et des plus audacieux de la chanson francophone. Oui, c'est un chef-d'oeuvre. Vous ne connaissez l'Opéra-Cirque? Normal : il est vite passé à la trappe, tant à cause de ce qu'il avait à dire que de l'interprétation géniale mais déchaînée d'une Diane Dufresne alors dotée d'une paire de couilles sans doute un peu trop proéminentes pour les chastes oreilles de certains. Alors, Plamondon a faite machine arrière, son écriture s'est assagie, en douce, jusqu'à donner naissance au très aseptisé livret de Starmania, bien écrit certes, mais flirtant déjà avec ces clichés plamondonesques qui, dans les années suivantes, envahiront l'oeuvre du grand Luc jusqu'à friser la caricature :
Or, le livret de la Légende n'a pas que le tort de s'appuyer quasi entièrement sur ces quatre clichés : ils les porte à leur paroxysme. Résultat : mis à part le fait que l'histoire de James Dean est totalement éculée, on voit venir le grand Luc avec ses gros sabots, et on décroche. Rien n'illustre mieux cet anti-phénomène que la très somptueuse et grandiose Les trottoirs de Los Angeles. La musique écrite par Berger pour cette plus-que-chanson est superbe : le si beau thème de la Légende s'y profile en contre-jour, les voix, Tell-Hanson ou pas, s'y superposent divinement, l'effet est saisissant... mais le texte est tellement prévisible qu'on descend de l'avion avant même qu'il ne s'envole. Raté. Raté, et injuste, parce que la musique de Michel Berger est assez belle, hormis lorsqu'il s'aventure sur des terrains où d'autres l'ont depuis des lustres précédé avec infiniment plus de brio (la pénible espagnolade Corrida, la West Side Storyesque Cool Cat...) Mais raté et injuste surtout parce que le compositeur a de toute évidence mis énormément de lui-même dans cette Légende, le malheur étant que d'autres, qu'ils me pardonnent, y ont peut-être mis un peu trop d'eux-mêmes, et pas nécessairement le meilleur. Si vous ouvrez la pochette de l'album original de La légende de Jimmy, vous y lirez, tout en bas, ces mots : «...À mesure qu'ils avancent dans ce voyage vers la mort de James Dean, les deux jeunes se détachent de leur fantasme d'adolescent et choisissent de s'aimer pour eux-mêmes.» Résultat du bide relatif de la Légende? Force est en tout de cas de constater que c'est dès lors ce que Michel Berger choisira de faire. Il était temps, et même hélas plus que temps, de laisser passer les rêves. Ceux de John qui chante? Bien sûr, et pourquoi pas ceux de Luc aussi mais, d'abord et avant tout, ceux de Michel. Enfin!
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MICHEL BERGER
La légende de Jimmy
1990
La beauté du
diable
Mourir comme lui
All American Boy
Cool Cat
Silverscreen
Éternel rebelle
Les trottoirs de Los Angeles
Cinq
Swimming-pool Parties
Jimmy Love Me
La légende de Jimmy
New-York City Nineteen Fifty
Mon démon
Mon seul amour mon seul ami
Tonight is the Night
Le cinéma
Corrida
Miss Pizza
Requiem pour un frère humain
L'amour qui tue
Géant
Aime-moi pour qui je suis