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1973? Pas du tout, bien plus tard : 1975, au moins... Qu'est-ce que j'ai pu le chercher ce disque de «Michel Berger», dans mon Québec d'alors. De disquaire en disquaire, toujours la même question - «C'est qui?» - et la même réponse - «Connais pas.» Il devait pourtant bien exister, ce Michel Berger, c'était écrit sur les deux premiers albums de Véronique Sanson : «Production Michel Berger». Véronique Sanson... Que c'est loin tout ça, que c'est loin, le piano rouge, les petites chansons de rien... Et puis je l'ai trouvé un jour. Dans un bac à disques, comme ça, il m'attendait. Avec ce visage d'une infinie douceur, noyé dans le bleu. Je n'ai pas connu l'innommable pochette du premier «vrai» Michel Berger : Barclay avait regroupé ses deux premiers «33» en un double album. Il s'appelait Chanson pour une fan, la pochette était celle de l'album du même nom. C'est donc ainsi que j'ai fait la connaissance de Michel Berger : un visage, d'une infinie douceur, dans le bleu. Je ne l'ai montré à personne, «mon disque» : j'étais, moi aussi, d'une infinie douceur, je ne voulais pas qu'on se moque de moi, une fois de trop. Je me souviens de ma première écoute, tout seul, de cette voix de grand ado qui chantait pour lui ses chansons à lui. Tout seul. Il chantait que même au soleil, il se sentait seul dans le noir. Sous le soleil bleu de mes 16 ans, moi aussi, parfois, je me sentais seul dans le noir : pour me comprendre, il aurait fallu savoir qui j'étais, il aurait fallu connaître ma vie, et pour l'apprendre, devenir mon ami. Pour me comprendre, il aurait fallu au moins pouvoir surprendre le chemin d'un de mes regards, tristes mais tendres. Pour me comprendre, il aurait fallu connaître le décor de mon enfance, le souffle de mon frère qui dort... C'est là, je me rappelle, précisément là que j'ai craqué : je n'avais pas de frère. Dans ma tête, un énorme barrage a sauté. Un frère, quelqu'un d'à la fois profondément différent mais d'essentiellement semblable à soi, aussi : oui. Je m'en suis bercé de ce disque au fil des années qui ont suivi, souvent très tard dans la nuit, comme un rappel, un appel aussi. Toutes, elles sont inscrites là où il y a écrit «Je t'aime» : Donne-moi du courage, Si tu t'en vas... Je reviens de loin, Ce que la pop music a fait d'une petite fille, Attends-moi, Personne n'écoute, Demain, Je trouverai autre chose... Pour me comprendre. N'attendez pas que je vous parle de la voix qui déraille, des petits arrangements de rien, de la prise de son qui déconne, de Véronique qui chante «Oublie-moi», de son amour à lui, à elle, à eux : non. Je n'ai la tête qu'à mon amour, comme lui l'avait alors. Mon piano a 105 touches, je sais, mais attends-moi...
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MICHEL BERGER
Michel Berger - 1973
BARCLAY
Donne-moi du courage |
Attends-moi |