DOUBLE JEU

BIRDS OF SUMMER

ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 

 

Elle croyait que c'état fini : elle avait à la fois tort et raison.

L'histoire ne dit pas ce qu'il croyait, lui, mais seulement ce qu'il a réalisé, avec elle : l'un des meilleurs disques de l'un comme de l'autre.

Depuis des années, il tentait d'aller plus loin qu'avant, que bien trop avant, et c'était là le drame : sans qu'il y prenne garde, la pop music avait en partie fait de lui ce qu'elle avait, jadis, fait de quelqu'un d'autre.

À son corps défendant, imperceptiblement, il était devenu une machine à tubes, par l'un des ces accidents d'amour qui fondent sur l'homme qui a le malheur de trop aimer la musique.

Il avait beau dire, ces petites chansons de rien,  il n'en faisait plus guère, ou alors bien rarement, surtout pour elle, qui ne voulait plus chanter. 

Il y a bien longtemps déjà, elle avait tout donné pour la musique.  Depuis, malgré les apparences, les larmes sous les projecteurs, les bravos, les rappels, les adieux et les retours, rien au fond n'y avait rien changé : elle persistait à croire que c'était fini, elle avait à la fois tort et raison.

Tout ce temps, tout ce temps, à leur insu peut-être, l'eau s'était accumulée au pied du barrage des conventions, les mots, tus parce qu'il ne fallait pas les dire, refusant de couler à pic, se pressant simplement contre les parois de la «chose», quelque soit le nom qu'on lui donne, prêts à jaillir, le jour où, enfin, elle, lui, eux, oseraient laisser passer les rêves.

Quelqu'un a-t-il ouvert les vannes, le barrage a-t-il simplement sauté?  Aucune importance : un soir de 1992, l'or bleu a jailli, et tout fut emporté : les synthés de pacotille, les petits pensums humanistes, les tics vocaux, les choeurs sans coeur, Ella, Elton et même, ce foutu piano, debout, assis, couché tapis, c'était enfin fini, la prophétie s'était accomplie :

C'est peut-être toi
Peut-être moi
Peut-être toi et moi
Qui pouvons changer ça

Dévasté, balayé, lavé et enfin sale, crasseux, comme la peau, le sang, tout ce que l'homme redoute et qui le fait, le paysage prit des allures étonnantes, des ouvrages d'art enfin plus que contemporains surgissant de terre comme par magie, splendeurs à jamais avant-gardistes, cathédrales enfin libres du dieu dollar.

Elle croyait que la beauté était derrière, elle la découvrait devant, dans ses yeux à lui, à nouveau visionnaires, comme avant, comme du temps où, un soir, il lui avait écrit que quand il était seul et qu'il pouvait rêver, il rêvait d'être dans ses bras.

«Je ne pourrai jamais te dire tout ça», avait-il ajouté, «je voudrais tant mais je n'oserai pas» : il avait osé, avait enfin compris ce qu'il y avait dans ses yeux - des roses.

Rien n'est plus beau que l'homme qui s'accorde à lui-même  un laisser-passer vers ses rêves.  Ses rêves deviennent réalité, et sa force devient telle que ceux de l'être qu'il aime le plus au monde peuvent aussi le devenir. Avec un peu de chance.

Un matin de 1992, un homme et une femme qui, c'est sûr, s'aimaient, sont, en redevenant fragiles, devenus forts comme jamais, comme à l'heure du départ ces oiseaux des îles qui descendent vers la mer si belle, si belle...

Alors, ceux qui les avaient cru superficiels et légers ont compris, bien tard, que même la mer a une surface et que la légèreté est le lot exclusif des plus grands oiseaux qui soient.

Qui ne devraient jamais partir.

 

B A T S - T O I !

 

ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 


MICHEL BERGER / FRANCE GALL
Double jeu
1992


Laissez passer les rêves
Bats-toi
Superficiel et léger
La petite de Calmette
Toi sinon personne
La lettre
La chanson de la négresse blonde
Les couloirs des Halles
Les élans du coeur
Jamais partir

 

MICHEL BERGER

DISCO BERGER
DISCOGRAPHIE

DISCO FRANCE GALL