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Exit les textes de Bergman, l'autre, à mes oreilles (à mon coeur) parfois prétentieux. Exit aussi les arrangements post-new-wave ou rétro-rollingstonesques, qui souvent maquillaient la pauvreté de l'inspiration mélodique. Fantaisie militaire est à Bashung ce que Le maudit fut à Sanson. Par les cordes d'abord, celles de l'ensemble Alhambra, quasi omniprésentes, superbement arrangées. Par les guitares aussi, à l'arrière enfin, feutrées, tellement plus belles ainsi, lointaines, mystérieuses, infiniment douces dans leur superbe violence. Mais surtout par cet « un peu plus de noir » qui éclabousse tout, illumine et enlumine l'album. Sentiment, soudain, d'entrer dans un véritable «univers», d'être convié à une authentique confidence où pas un mot, qu'il soit hurlé ou murmuré, n'est de trop. Sentiment de partager un moment absolument essentiel, de saisir à pleines oreilles dans la musique de l'autre, offerte brute, sans fard ni faux-semblants. On n'écoute pas Fantaisie militaire : on y plonge irrésistiblement. Une chanson-cerbère ouvre la fantaisie, il suffit d'oser s'aventurer jusqu'à la deuxième pour être happé, emporté par les cordes trente étoiles, les mélodies à la fois subtiles et accessibles, les textes remarquables de cet album. De cet univers. Oh, Fantaisie militaire est un album difficile, celui d'un homme de 50 ans : avec les années, les sentiments comme les émotions se complexifient, les mots pour les dire aussi. Et c'est bien ainsi. Vieillir est une bien belle horreur. Plus qu'un combat : une fantaisie militaire.
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