ALICE SAPRITCH
L'ALBUM ÉPONYME

 

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ALICE RIAIT

ÉCRIVEZ À L'AUTEUR

 

Les fées sont pleines aux as et réalisent de cette manière tous les rêves imaginables…

Mais papa claquait au jeu tous les sous des Mélusine, et la petite Alice réalisa ainsi très tôt que la vie pouvait être dégoûtante, dévalisée.

La petite Alice fit donc tout pour traverser tous les miroirs, à la recherche de tous les   pays des merveilles possibles : des rives du Bosphore en passant par Istanbul puis Bruxelles, elle atteignit Paris.

Conservatoire d'art dramatique.  Saint-Germain-des-Prés, à la florissante époque du Café de Flore.  Participations à des classiques du théâtre tels Hamlet,   La guerre de Troie n'aura pas lieu…  Productions télévisées telles Janique Aimée, Marie Besnard, Vipère au poing…  Cinéma, avec La folie des grandeurs, Les sœurs Brontë, Les guichets du Louvre, La fille aux yeux d'or

La petite Alice eut le temps de devenir une sublime et atypique comédienne.

Les années passant, elle prit le drôle de parti de se muer en un personnage populaire et drolatique, enturbanné, fume-cigaretté.

La petite Alice fit sa vie comme on la fait tous : aussi bien qu'on le peut.

Puis la Grande Alice mourut, puisqu'il paraît qu'on doit tous en passer par là.

FIN



Fin ?

Ce serait oublier un peu vite qu'à de rares exceptions près, Alice n'eut pas de rôles à la dimension de sa sensibilité.

Ce serait aussi oublier de se demander si Alice aimait vraiment La Sapritch, et pourquoi cette « star»  refusa toute sa vie d'être sur liste rouge.

Ce serait surtout oublier bien vite la vieille Alice, celle qui, de retour dans l'Istanbul de son enfance, le visage strié et magnifique mais noyé de larmes, livra à la caméra : « J'ai raté ma vie… »

Ce serait occulter, oublier tout ça, tout comme on a oublié le seul disque d'Alice Sapritch, paru en 1975.

Le drame, c'est très inélégant : Alice ne manqua jamais de politesse.

Alice riait toujours lorsqu'on riait d'elle.

Dieu sait ce qu'Alice pensa de son fameux pays des merveilles, de sa gloire, lorsqu'elle y accéda.

Si jamais dieu existe : je ne sais pas.

Tout ce que je sais, c'est qu'Alice chanta et comment elle le fit, loin des pitreries ou des clichés, voyant venir à elle, pour son disque, les réputés et respectés Jean Musy, Hubert Ballay, Frédéric Botton, Françoise Sagan, Philippe Labro, Francis Lai…

Alice aurait pu se targuer d'avoir commis un immense album : elle n'en fit rien.

C'était en 1975.

Je suis né en 1975.

Nous sommes en 2003, et c'est la première fois que j'écoute le disque de la petite, si joliment vieille, si tristement morte Alice.

Oui, je sais comment elle chanta.

Avec une sincérité claire et généreuse.

Avec sa musique intime, discrète… sublime.

Sans fard ni turban ni fume-cigarette.

Oui, je sais comment elle offrit, toute en toute sobriété, l'une des plus belles, des plus fatalement honnêtes chansons que je connaisse, moi qui en écoute tout le temps.  

Et comment elle répondit à la question qu'on ne lui posa jamais.

 

Tu me demandes si je suis heureuse…
Si le bonheur, c'est une chambre vide
Avec des bouteilles vides
Et des cendriers remplis de cigarettes pas finies,
Alors je te réponds : je suis heureuse

Tu me demandes si je suis heureuse…
Si le bonheur, c'est le téléphone qui ne répond pas
Et l'après-midi qui n'en finit pas
Et des lettres que tu n'envoies pas,
Alors je t'affirme que je suis heureuse
Heureuse… heureuse…

Tu me demandes si je suis heureuse…
Si le bonheur, c'est un lit défait
Dans une chambre défaite,
Avec dans un miroir défait
Le visage d'une femme défaite
Alors, je te le jure : je suis heureuse
Heureuse… heureuse…

Mais si le bonheur,
C'est un sourire,
Si le bonheur,
C'est un regard,
Si le bonheur,
C'est la tendresse,
Si le bonheur
Est une caresse…
Alors…
Je te réponds franchement :
Je ne suis pas heureuse… vraiment
Non… pas véritablement…


Si je te croise un jour, Alice, je ne te demanderai pas si tu fus heureuse.

Je t'embrasserai.

 

ÉCRIVEZ À L'AUTEUR
Merci à Hubert Ballay

 

 


ALICE SAPRITCH -
ÉPONYME 1975 - RÉÉDITION CD 2003
Arrangements, direction d'orchestre : François Rauber, Pierre Porte, Hubert Ballay, Jean Musy

Je suis heureuse (Ph. Labro / H.Ballay)
C'est le charme (M.Roland / B.Bridge)
On fait toutes rêver les hommes (J.Larriaga)
J'aime l'amour (J.Larnadie / Ph.Farran)
L'ombre du temps (C.Servajean / H.Ballay)
Faut faire rire (C.Desage/F.Lai)
Vingt années d'existence (J.Demarny)
Les hommes sont tous des poupées (F.Botton)
Berceuse à Sheeba (P.A.Doucet/P.Porte)
Milady (F.Sagan/F.Botton)
Monsieur (E.Cegarra)
Mes amants (R.Eller/G.Bonnet)
Alice Twist (B.Fevre)
Réédition CD seulement : Slowez-moi (A.Demarest-J.C.Lafon) 1985